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Cliquez sur la carte. 
Le petit bateau se déplacera chaque jour sur la carte. Le tableau enregistre les distances journalières.
 

 

 

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30/07/2010 - J48 - "Le sacré et le profane" accroche toi nénesse.

Nous parlons souvent de "l’espace et du temps sacrés" avec Georgio, mon pote et
frangin africain… ça vient de la lecture du bouquin de Mircéa Eliade : « Le sacré et le profane ».
En résumé, chez les peuples premiers ou primitifs qui donc étaient là
avant nous et qui se mettaient des os dans le nez au lieu de les mettre à la
poubelle,
le temps sacré est un cycle qui débute par un rite de représentation de la
création du monde qui ressource les êtres et surtout purifie les âmes et dont on
s’éloigne avec le temps en dégénérant. Ce cycle finit dans une sorte de chaos que l’on nettoie avec le renouvellement du rite initial précédé d’une orgie expiatoire et
ainsi de suite….
Ils font coller ce temps sacré symbolique avec un cycle naturel et c’est
en général celui de la lune ou du soleil. Ça aurait pu être les menstruations de
leurs femmes mais faut pas prendre les primitifs pour des cons… ils voulaient
faire la fête ensemble…
Chez les peuples seconds, c’est-à-dire nous qui avons inventé la gazinière pour
ne pas se faire chier à aller chercher du bois, on a un peu ça aussi avec le
rite de purification du 1er janvier et son orgie, suivis des bonnes résolutions.
Mais le plus intéressant chez ces peuples premiers, qui se cachent le
sexe dans un étui au lieu d’utiliser un slip kangourou comme tout le monde,
c’est l’espace sacré… imaginez un seul instant une société sans livre et sans carte
dont la connaissance de l’espace se limite à celui dans lequel tu peux te rendre
à pinces… et bien c’est ce qui se passe dans la cabeza du primitif… Il voit chez
lui et c’est tout… alors il a dit : « le centre du monde, c’est là où j’suis
 » … et le primaire a pris un grand bâton qui trainait par terre et l’a sculpté pour
lui donner de l’allure… Il a créé un totem qu’il a planté au centre du monde…
Et les emmerdes ont commencé, car plus tu t’éloignes du totem plus tu vas vers le chaos… espace que les dieux ont délaissé ; ceux qui habitent là bas sont des
barbares qui
font la fête n’importe comment… de forme humaine certes, mais dont l’humanité
est incomplète puisqu’ils sont nés et vivent dans ce trou à rats périphérique
loin de l’endroit où a été créé le monde…
En somme, ils ne s’aiment pas et s’entretuent…
Tu me suis… ?
Quand c’est le Georgio qui te fait ce topo et qu’il te fait coller c’t’histoire à notre société moderne, c’est grandiose et tu pouffes.
Sur la mer il n’y a personne, il n’y a pas d’humanité, Il y a toi et ton
totem qui flotte dont l’espace sacré se limite à 6 m², et dont le temps sacré
s’est ransformé en distance. Il n’y a plus que de l’espace finalement. Une vie
suspendue pour un temps.
Je me suis accordé par cette balade une sauvagerie un peu pervertie
par l’écriture de ce journal de bord puisque je mélange les espaces. Autrefois,
en mer, il n’y avait pas ce moyen de communication que j’utilise… tu avais les
étoiles et un miroir… ça devait être dur quand même… Et moi, vu que j’ai fait le con
avec l’ordi et qu’il y a du sel partout… il va exploser et je vais bientôt
retourner à
ces temps primitifs du marin vraiment seul en mer….
C‘est juste pour dire ça que j’ai parlé de ce sujet…
 

29/07/2010 - J47 - Regarde bien petit !

 
Sur les photos de Tézigue en mer, il faut avoir le regard profond de l’homme qui a connu l’enfer, sinon tu passes pour un guignol qui s’amuse. En fait ! tu fais comme si arrivait quelque chose au loin et que quelqu’un prenait la photo par surprise et le tour est joué....C’est un peu ridicule mais c’est un piège tabou... Un joujou extra...
 "Regarde bien petit, y’a un homme là bas qui vient que je ne connais pas... Non ce n’est pas mon frère, son cheval aurait bu... Non ! ce n’est pas mon frère, il ne l’oserait plus... ce n’est qu’un peu de sable, que fait lever le vent... pour nous passer le temps."
 

29/07/2010 - J47 - ça tombe bien

Il y a des cycles de vent qui s’étalent sur 5-6 jours. D’abord le vent se lève Sud-Est assez fort (15-20 nd) puis s’incline Est, puis faiblit et puis plus rien pendant 24 heures. Là je reprends un cycle et ce soir je fête le nouveau cycle comme les sociétés primitives fêtent le début du temps sacré avec des rites de création du monde. Je ne connais pas de rite donc je vais finir la bouteille, ça tombe bien.
 

28/07/2010 - J46 - Je vais vous dire un truc

En fait, c’est apparu sur l’Atlantique lors de la première traversée à la rame : j’ai des hallu6nations auditives. Je crois qu’elles ne sont pas maladives car elles utilisent les bruits qui entourent le thermos à rame. C’est souvent un chien qui aboie ou des phrases et parfois en me réveillant j’entends des cloches. Je dois rechercher inconsciemment de la compagnie. C’est sérieux et j’arrête d’en parler parce que j’en connais certains qui vont m’envoyer le camion. Et ce soir un peu joyeux j’ai décidé de faire la déclaration d’amour la plus sincère de mon existence...

J’ai pensé le texte qui est venu d’une traite avec un tire-texte et je l’ai déclamé à haute voix...
Que c’était beau ! Alors ! au seigneur ! je lui ai roulé une pelle et c’était bon... Elle s’appelle Undurrago, elle porte une robe rouge et viens du Chili comme son nom ne l’indique pas. C’est la muse des pêcheurs, j’en ai bu plein et glou, et je suis un peu ivre... par contre elle refoule du goulot l’amphorasse. On perd vite l’habitude... et les hallus ce soir étaient des potes qui chantaient avec le tonton JP : "Un éléphant se mas....... derrière un casier à boutèèèeilles, un crocodile qui passait, il prit le fou... dans l’orèèèèeille". Mort de rire.
 

27/07/2010 - J45 - C’est l’hiver

C’est l’hiver, mais un hiver équatorial, avec des ondées toutes les heures, ce
qui coupe un peu le rythme. Mais ce n’est rien car j’ai le temps de me mettre
à l’abri avant d’être trempé. Ce que je déteste par contre, c’est la vague
traitresse qui éclate sur le canot juste avant la pause, ou pire, juste avant
d’arrêter pour la journée. Cette douche froide me détrempe et me congèle
puisque ça m’énerve et que je n’ai même pas le temps de sécher ; je rentre avec le
tee shirt mouillé et j’en fous partout inside the cabine. L’ennemi c’est le
sel qui une fois à l’intérieur garde l’humidité : le tissu devient poisseux
et le rouleau de pec part en lambeaux.
 

27/07/2010 - J45 - Dicton d’Anne Quéméré

Le boeuf est lent mais la terre est patiente.
 
 
 

26/07/2010 - J44 - Que d’eau !

Parfois le soir, le vent se calme, et arrive la pénombre qui écrase et calme
la mer. C’est impressionnant car elle devient immense, et comme le bateau ne
bouge pratiquement pas à cette heure de repos, moi aussi je suis écrasé, je
baisse un peu la garde, et je regarde le coucher du soleil...
Ouais, là j’apprécie... les coudes posés sur le rebord de la fenêtre et
c’est nul, je ne le finis jamais car l’appui me fait mal, alors je
rentre... J’ai mangé à cette heure puisque j’ai gardé le rythme horaire du
Pérou sans les soirées latinos, et il fait nuit de plus en plus tard ; je
m’allonge, je prends un bouquin et c’est le pied.
 

25/07/2010 - J43 - Vendredi soir, c’est le plus dur

Faut pas rêver, par moment je m’ennuie, mais ça ne dure pas longtemps,
j’attrape un livre et c’est terminé... Mais il y a un moment qui est
toujours désagréable... c’est le vendredi soir quand commence le week end...
Je suis ici et je ressens ce moment privilégié après la semaine de labeur,
où tu sors du boulot et que tu retrouves tes proches pour boire
l’apéro, c’est divin. Tu ne penses plus à rien, tu ne crains pas la
fatigue, tout le monde est relax... Tu bois une bière ou un jaune, les
femmes sont au blanc ou au roteux ( elles disent qu’elles préfèrent, mon oeil... , c’est plus classe, c’est tout ), puis un deuxième, et tu te bourres de
cacahuettes... C’est ce que tu regrettes toujours parce que ça coupe
l’appétit et que ça fout en l’air tous les efforts de la semaine que tu as
passée à bouffer des salades alors que les frites te sautaient dans le
ventre. Quel moment compulsif quand elles sont dans la petite soucoupe,
que t’as juré de ne plus les toucher, et que c’est parti, que rien ne peut plus
t’arrêter... Aux Grangettes à Villefranche de Lauragais chez mes potes
agriculteurs, ils ont des sacs de 10 kg...
Voilà, c’est ça le moment le plus dur sur la barque... Après si vous êtes bourrés et que vous vous réveillez avec le casque à pointe et la langue en plaque d’égoût... là, je vous les laisse. Je reste dans ma tanière.
 

24/07/2010 - J42 - La soupe aux choux

Je me régale avec la bouffe des pêcheurs, sans doute parce que c’est
temporaire et que je perçois le vide de la future pénurie. Mais je ne me
rationne pas car je préfère subir le manque après l’excés que de me forcer
à prolonger sa présence en n’y goûtant que de temps en temps ( il s’agit
bien de nourriture... ). 
Je mangeais depuis quelques temps une boite de thon,
de moules ou de calamars ( pour les moules, tu verrais l’étiquette de la
boite, c’est à pas le croire ), mélangée avec de la purée dans laquelle je
mettais un peu de piment dont je dois me passer car ça me pesait...
Je l’ai remplacé par une persillade... Alors là ! Une fois
c’est sympa, mais à chaque repas, et la cabine se transforme en gousse...
Ce n’est pas grave, l’espace n’est pas conjugal, et puis
il n’y en a bientôt plus...
Sinon, je glisse tranquillou, je n’ai plus mal aux coudes, et le vent est encore un peu de traviole.
 

23/07/2010 - J41 - Deux choses

D’abord, le banc de dorades est resté près de la barque et ça fait une
sacrée compagnie. Il y a maintenant une multitude de petites dorades (50
cm) et la grosse.
Et puis, j’avais laissé ce soir mon linge humide après
lavage et séchage incomplet, dans le seau dédié, et un étron volant est venu
finir ses jours dedans.
Je suis vert car je l’ai entendu tomber mais j’ai
fait comme pour les autres en me disant... c’est comme si les dorades les
attrapaient elles mêmes...
Je faisais comme ça quand j’étais petit et que je tuais des oiseaux. Je les donnais au chat qui en chopait plein tout seul...
Vous avez déjà senti un poisson volant ?... Ho le salaud, qu’est-ce qu’y pue !... D’ailleurs la nuit quand ils atterrissent, parfois tu ne les
entends pas, tu les sens... Faut que je relave tout. Quelle chienlit
 
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